Pour ceux qui viendront

Quelles sont les conditions qui favorisent l’accès à la créativité ? L’accès à ces chants qui habitent le paysage ? Ces questions me passionnent. J’aime les laisser ouvertes et reconnaître la part de mystère dans les processus créatifs. Rester dans la question, lui faire confiance dans sa capacité à nous guider. J’aime aussi pister les éléments de réponse qui se dévoilent au fil des expériences.

J’ai observé que je suis souvent en mouvement lorsque de nouveaux chants viennent frapper à la porte. J’ai aussi observé la présence récurrente d’éléments avec lesquels je me sens en relation, comme l’eau ou les pierres.

En ce début d’automne 2025, peu après l’équinoxe, alors que je me déplaçais dans une vallée familière, entourée des falaises calcaires qui m’ont fait venir ici, je me reliais au temps long de la création de ces montagnes. Aux milliards d’ancêtres qui ont littéralement créé ces montagnes par sédimentation. Puis l’incroyable travail de l’eau, sculpteuse éternelle, qui trouve toujours son chemin pour propager la vie.

La gratitude pour ce magnifique héritage et la grâce d’être en vie pour le contempler m’a envahi. Alors j’ai chanté librement, comme si personne ne m’écoutait. Une mélodie rythmée s’est rapidement installée, puis ces mots :

Je marche sur la Terre

Dans les pas de mes ancêtres

Et laisse mes traces

Pour ceux qui viendront

J’ai toujours beaucoup de curiosité pour les mots qui émergent spontanément dans une pratique du chant libre. Ceux qui s’énoncent avant même que notre mental ne les comprenne. Une communication qui s’ancre directement dans le cœur et le corps. J’ai accueilli ces mots dans leur simplicité et leur puissance, comme le rappel d’une loi naturelle.

J’ai chanté pendant quelques minutes ce qui allait devenir la première voix d’un chant polyphonique, porté par l’énergie que me procurait le chant, avant d’entendre la deuxième voix.

Quelques jours après avait lieu le premier rassemblement de l’année pour le Chœur de Solaïa, chorale communautaire créée un an plus tôt. J’avais pour la seconde année de cette chorale posé l’intention qu’elle offre un espace pour partager des chants nés de nos relations avec le paysage. Poser une intention, relâcher les attentes, rester attentifs aux possibilités de manifestation. Et si ce chant était une réponse à cette intention ? C’est ainsi que je me suis lancé dans un travail d’écriture des deux dernières voix. Les mots se sont rapidement invités : 

Nous marchons ensemble

Ensemble pour ceux qui viendront

Je me demande parfois qui est ce « nous ». J’apprends à oser demander au chant lui-même. En le chantant il me semble que ce « nous » rassemble le « je » et ses ancêtres, qui ensemble se tournent vers les générations futures.

Avec gratitude pour ce chant et votre écoute, pour le morceau d’ammonite fossile qui se trouvait sur le lieu où je me suis rendu pour cet enregistrement.

Vous êtes bienvenu.e.s pour partager ce chant, « Je marche », en partageant ce qui restera pour vous de son histoire.